Bonchamps a pris la tête des hommes de Saint Florent le Vieil au tout début de l'insurrection. Ce militaire aguerrie a joué un rôle essentiel pendant les premiers mois du conflit. Fin stratège, il a mené ses hommes aux succès, jusqu'à l'ultime combat de Cholet, le 17 octobre 1793. D'une grande humanité, il meurt en graciant 5 000 prisonniers républicains.  


   LES TITRES
      Jeunesse du Marquis ...    portrait de Bonchamps (Girodet - 1824)
   Bonchamps démissionne                                                            
   St Florent se rebiffe
   Les premiers combats
   Beaupréau
   Bressuire
   Thouars  
   Fontenay
   Nantes
   Le dernier combat
 



portrait de Bonchamps 
(Girodet - 1824) 


 
   LA JEUNESSE DU MARQUIS
Charles-Melchior Arthus, Marquis de Bonchamps est né le 10 mai 1760 au manoir du Crucifix en Anjou, dans une famille aristocrate de longue lignée. A 6 ans, il perd prématurément sa mère. Son père ne tarde pas à se remarier (un an plus tard) avec une jeune femme de 18 ans. Toute la famille Bonchamps, M, Mme, Charles et ses trois soeurs déménagent alors dans la demeure familiale des Bonchamps : la Baronnière, à Saint Florent le Vieil.

Sur la trace de ses aînés, le jeune homme se destine à une carrière militaire. Il s'engage à 16 ans dans le régiment d'Aquitaine. Il y  démarre en bas de l'échelle, comme cadet noble. Il apprend son métier, et  obtient des galons. Dans son régiment, il côtoie d'autres aristocrates angevins qui, comme lui, prendront part aux guerres de Vendée (Andigné, Autichamp).
Bonchamps s'il est sérieux dans son métier n'en oublie pas pour autant les plaisirs. Très coquet, il dépense beaucoup en habits, aime le jeu et les calembours (dixit son camarade Sapinaud de Boishuguet) et peaufine ses connaissances en maths et en musique.
En 1787, il devient capitaine de la compagnie d'élite des grenadiers.
En 1789, il épouse Marie-Renée Marguerite de Scépeaux, qui n'est autre que la nièce d'Autichamp. Bonchamps et son épouse s'installent à la Baronnière.  2 mois plus tard, il réintègre son unité. Il partage alors sont temps entre sa femme et son métier. 6 mois de garnison succèdent à 6 mois à la Baronnière.


   BONCHAMPS DÉMISSIONNE
Le 22 juin 1791, l'assemblée constituante vote un décret à l'intention des militaires :
Je jure d'employer les armes remises entre mes mains à la défense de la patrie, et à maintenir contre tous les ennemis du dedans et du dehors la constitution décrétée par l'assemblée nationale, de mourir plutôt que de souffrir l'invasion du territoire français, et de n'obéir qu'aux ordres qui seront donnés en conséquence des décrets de l'Assemblée Nationale.
Ce décret promulgué après l'arrestation du roi vise sans conteste les royalistes. Bonchamps refuse de se soumettre et choisit de démissionner. Il rentre alors chez lui, à la Baronnière, et au contraire de beaucoup d'aristocrates, ne part pas en exil rejoindre les frères du roi.
Bonchamps ne participe pas à l'agitation qui commence à sévir dans les Mauges. Non qu'il adhère aux mesures anticléricales, mais il ne croit pas qu'une rébellion ait la moindre chance de succès. 


   SAINT FLORENT SE REBIFFE
Le 12 mars, jour de la conscription à St Florent, les villageois se rebellent, attaquent les républicains et les chassent de la ville. Ce début d'insurrection est spontané et sans organisation. Les villageois après le mouvement d'humeur décident de s'organiser et de se choisir un chef. Ils se décident pour Bonchamps. Il a les compétences militaires requises et l'estime de la population. Une délégation de 40 hommes part donc le trouver.
Bonchamps, d'abord refuse. Il ne croit pas aux chances de ce soulèvement et n'a pas très envie de commander une armée de paysans sans discipline ni connaissance militaire. Finalement, il accepte , mais à la condition que les hommes lui obéissent totalement et ne s'adonnent à aucune cruauté envers l'ennemi.
Il s'installe alors au commandement de Saint Florent. Il y restaure l'ordre. Il libère les républicains prisonniers dans la ville contre la promesse qu'ils ne porteront plus les armes contre les insurgés. Il structure son armée et crée des points de surveillance pour prévenir toute attaque.
Le 21 mars, il est prêt et rejoint l'embryon de la grande armée à St Laurent de la Plaine composée vraisemblablement alors de 15000 hommes aux ordres de Cathelineau, Stofflet et d'Elbée.


   LES PREMIERS COMBATS
Le 10 avril, pendant que Cathelineau et d'Elbée affronte Berruyer à Chemillé Carte des combats , les hommes de Gauvilliers franchissent la Loire à Ingrandes (à quelques kms de St Florent). Bonchamps prévenu trop tard ne s'oppose pas au débarquement. C'est donc à St Florent que les combats ont lieu. L'affrontement est de courte durée, les républicains, plus expérimentés, prennent vite l'ascendant sur des insurgés qui finissent pas s'enfuir. Repliés à Tiffauges, ils y retrouvent le reste de la grande armée, qui, bien que victorieuse à Chemillé, a préféré éviter l'encerclement et déserter les lieux de la victoire.


   BEAUPRÉAU
Rejoint en avril par la Rochejaquelein, la grande armée reprend l'offensive et attaque Cholet Carte des combats. Resté à demeure, Bonchamps ne prend pas part à l'attaque. A Cholet, les insurgés mettent en fuite Leygonnier et poursuivent leur offensive vers Beaupréau, contre Gauvilliers. C'est alors que Bonchamps entre en action. Il prend le général républicain à revers en l'attaquant par la Chapelle du Genet. Gauvilliers se retrouve pris en sandwich. Il n'a d'autre choix que de s'enfuir en laissant aux insurgés 5 canons et toute son artillerie.
Les Mauges sont à ce moment totalement libérées des républicains, le général Berruyer, dernier républicain de la contrée, ayant préféré se replier vers Angers.
Les insurgés fort de leur succès et de plus en confiant décident alors de porter leur combat dans le haut Poitou, terre de la Rochejaquelein et où les habitants sont tout acquis à leur cause.


   BRESSUIRE
Les insurgés marchent sur Bressuire. La ville est aux mains du général Quétineau, un républicain. Il a dans ses prisons de futurs grands noms de la Vendée : Lescure, son épouse (la future Mme de la Rochejaquelein), Donissan et Marigny. Quétineau est un républicain dans l'âme; il se bât pour la République,  sans jamais commettre d'exactions, ce qui explique sans doute pourquoi Bonchamps l'apprécie.
A l'approche de la grande armée, Quétineau quitte la ville et se réfugie dans la forteresse de Thouars. Les vendéens, à leur arrivée ouvrent les portent de la prison. Lescure et Marigny prennent alors la tête des populations locale et se joignent à la grande armée. Les insurgés, toujours plus nombreux, reprennent leur route un peu plus en avant dans les Deux-Sèvres, vers Thouars.


   THOUARS   Carte des combats
Quétineau à l'intérieur de la ville fortifiée prépare la résistance. Mais les Vendéens usent de leur tactique habituelle : attaquer les bleus sur plusieurs côtés. Ainsi, Bonchamps parti de plus loin rejoint Lescure et la Rochejaquelein et ensemble, ils repoussent les bleus dans la citadelle. La Rochejaquelein trouve une brèche dans la muraille, il s'y engouffre, avec à sa suite tous les Vendéens. La suite n'est plus qu'une formalité, ils emportent leur plus belle victoire. Ils relâchent la plupart des prisonniers et récupèrent de nombreux transfuges , dont la Ville de Baugé.
Ils libèrent aussi Quétineau, et lui proposent de rejoindre leur camp, mais le républicain refuse. Il est et restera républicain. Le pauvre Quétineau mourra quelques temps plus tard, condamné à mort par les siens,  victime de la terreur.
Après cette victoire, Bonchamps et ses hommes laissent provisoirement la grande armée continuer sa progression et rentrent à St Florent. Ses hommes sont partis depuis déjà un moment, et ils n'aiment pas s'absenter longtemps. Bonchamps, plutôt que de risquer une trop grosse désertion préfère lever le camp et rentrer à la maison.


   FONTENAY
La grande armée, sans Bonchamps, est défaite le 15 mai à Fontenay. D'Elbée grièvement blessé pendant les combats est rapatrié à la Gaubretière. Bonchamps fait son retour dans la grande armée le 22 mai et repart à l'assaut de Fontenay. La ville est défendue par le républicain Chalbos, qui dispose de 10 000 hommes.
Le 23 mai, les insurgés sont aux portes de la ville, loin de leur bocage, au beau milieu de la plaine. Leur tactique habituelle n'est plus de mise : impossible de se cacher derrière les bosquets et d'attaquer l'ennemi par surprise, impossible également de se replier derrière les mêmes bosquets en cas de problème. Ici, il faut opérer différemment. Bonchamps va élaborer une technique appropriée aux lieux : les   Vendéens, disposés en 3 colonnes fondent sur les lignes ennemis, alors qu'un groupe d'hommes aux ordres de la Rochejaquelein reste en retrait pour pouvoir appuyer une colonne qui se trouverait en difficulté. L'assaut est un succès. Les Vendéens percent les lignes républicaines et s'engouffrent dans la ville. Ils prennent la ville, avec 40 canons, et récupère leur mascotte Marie-Jeanne.
Bonchamps, alors qu'un républicain lui tire dessus, tombe de cheval et se casse l'épaule. Ses soldats veulent le venger et commencent à piller la ville et tuer des républicains. Lescure s'interpose mais a toutes les difficultés à ramener l'ordre dans les rangs.
C'est la période des moissons, et les paysans veulent rentrer chez eux. Les généraux Vendéens n'ont d'autre choix que de rebrousser chemin pour rentrer chez eux. Bonchamps ne peut pas les suivre, son épaule lui fait trop mal. Aussi, s'arrête-t-il chez Boisy, à la Gaubretière, au château de Laubedière. Sa femme et ses enfants y sont déjà, ils y ont trouvé refuge après l'attaque de St Florent par Gauvilliers. Il y retrouve aussi d'Elbée qui soigne lui aussi ses blessures.
Le 9 juin, il ne peut participer à la prise de Saumur, mais revient dès le lendemain.

L'armée d'Anjou, qui ne cesse de grossir a besoin d'une structure. D'Elbée et Bonchamps en militaires aguerris en ont conscience et vont s'y employer. Obligés de composer avec les habitudes de vie des paysans, ils mettent en place une organisation militaire peu orthodoxe, mais qui fera ses preuves et qui restera en place jusqu'à la virée de galerne.


   NANTES   Carte des combats

   La colonne de Torfou 
  
érigée par le
   Souvenir Vendéen

Cathelineau veut prendre Nantes pour s'ouvrir la Bretagne et annexer un des plus grand port de France. Bonchamps, lui, préférerait traverser la Loire pour soulever la Bretagne et la Normandie.
Les généraux suivent le plan de Cathelineau, moins ambitieux, mais apparemment plus sûr.
Bonchamps à la tête de ses hommes part donc en avant garde. Parti de Saint Florent, il prend Varades, Ancenis puis Oudon. Il poursuit son attaque sur le flanc Est de Nantes, Cathelineau et Charette attaquant les autres.
Mais l'attaque échoue. Cathelineau est grièvement blessé dans la bataille, et ses hommes privés de leur chef, reculent. Bonchamps et Charette tentent de résister, mais les républicains Nantais sont très bien préparés et plus nombreux. C'est un échec, les blancs sont obligés de reculer.

Début juillet, Bonchamps remporte une insolente victoire face à Westermann à .
Il est à nouveau blessé à Roche-Erigné, et quitte pour la 2° fois les devants de la scène pour se soigner.
Le 19 septembre, il reprend les combats, et, à Torfou dirige les opérations de sa civière. Au côté de d'Elbée, la Rochejaquelein et Lescure, il emporte la victoire. Il prend ensuite Montaigu, perd Clisson et St Symphorien puis reprend Châtillon.


   LE DERNIER COMBAT
La bataille de Cholet, le 17 octobre 1793 sonne le glas de Bonchamps et de d'Elbée. Les blancs bien organisés se battent avec acharnement contre les hommes du général Kléber. Les combats sont violents et, pendant la bataille, Bonchamps et d'Elbée sont grièvement blessés. C'en est fini de l'attaque, et les Vendéens s'enfuient en toute hâte en direction de la Loire.
Bonchamps qui est en train de mourir, est évacué à la Meilleraie, en face de St Florent. Il y reçoit le saint viatique, puis, avant de mourir,effectue un geste qui restera dans l'histoire. En apprenant que 5000 républicains enfermés dans l'église vont être exécutés, il ordonne à Autichamp leur grâce. Les 5 000 hommes recouvrent leur liberté et Bonchamps se meurt. Il dira avant de s'éteindre : 'J'ai servi mon Dieu, mon Roi, ma Patrie. J'ai su pardonner.'  Sa mort survient à 11 heures du soir, il est aussitôt inhumé dans le cimetière de Varades à la lumière des torches.




MUSÉE DAVID D'ANGERS (Angers)
Le fils d'un des prisonniers gracié par Bonchamps n'était autre que le sculpteur David d'Angers.
L'artiste, reconnaissant, sculpte plus tard la scène représentant Bonchamps en héros antique.