Kléber est un des meilleurs généraux républicains qu'aient connu les guerres de Vendée.
Cet homme de conviction et de caractère a intelligemment combattu les Vendéens.
Bien que sous les ordres de généraux sans-culottes totalement incompétents, il a su en seulement quelques mois instaurer un plan d'attaque rigoureux et mettre en déroute une armée vendéenne qui jusqu'alors se jouait des républicains.
Sa proposition de pacifier la région ayant été rejetée, il quitte la Vendée pour aller servir la République dans l'Est.



portrait de Kléber (Paulin Guérin)
LES TITRES
Un jeune homme fantasque et de caractère 
Premiers combats Vendéens
La bataille de Cholet
La virée de galerne
Guerre de Vendée, suite et fin
Sur le front Est
  
 
 
 
 
  portrait de Kléber (Paulin Guérin)



  Jean-Baptiste Kléber est né le 9 mars 1753 à Strasbourg. Dès 1769, alors qu'il n'a que 16 ans, il s'enrôle dans l'armée. Il ne va alors cesser, jusqu'en 1792, de s'engager dans l'armée puis de démissionner ou de déserter. Mais toujours, il y reviendra. Drôle de phénomène que ce jeune homme qui ne manque pas de caractère !
En 1769, il s'enrôle dans le premier régiment de Hussards. Ce premier contact avec l'armée est de courte durée. Sa mère le rappelle à ses chères études et le prie instamment de démissionner. Il quitte donc l'armée, le temps de se lancer dans l'architecture.
En 1776, il récidive et entre à l'école militaire de Munich. Malgré son manque de discipline, il devient en 1779 sous-lieutenant. En 1785, Kléber, que les années ne parviennent pas à assagir, déserte. Il proteste ainsi contre l'inégalité entre aristocrates et roturiers, les premiers obtenant les promotions avec beaucoup plus de facilité que les seconds ... L'esprit révolutionnaire pointe son nez avant l'heure ...
A ce moment précis, il peut remercier sa mère qui l'a forcé à faire des études! Il trouve un emploi d'inspecteur des bâtiments publics de Belfort.
En 1789, il tente une nouvelle fois de réintégrer l'armée. Cette fois, c'est dans la garde nationale, et cette fois encore il refuse de se plier au règlement et refuse de porter la cocarde. Il quitte pour la troisième fois l'armée et s'en retourne à son métier civil.


   PREMIERS COMBATS VENDEENS.

  En 1792, pour la 4° fois, il s'engage dans l'armée, dans le 4° bataillon des Volontaires du Haut-Rhin. Promu colonel, il intègre l'armée de Mayence et combat aux frontières jusqu'à la capitulation, en juillet. Il suit alors les 16000 hommes de l'armée de Mayence dans sa nouvelle affectation : la Vendée.
Il y arrive en septembre avec un nouveau grade de général de brigade, sous le commandement de Aubert-Dubayet. 
En Vendée, les républicains sont partagés en 2 armées : l'armée des côtes de la Rochelle sous les ordres de Rossignol et l'armée des côtes de Brest sous le commandement de Canclaux.  C'est avec cette seconde que les Mayençais vont combattre.

Dès septembre, les républicains mettent en oeuvre un plan d'action global : ils veulent encercler les "brigands". Pour cela, l'armée des côtes de Brest et les Mayençais vont tenter de déloger les Maraichins de Charette, les ramener vers l'intérieur des terres, remonter dans le bocage pour les "rabattre" sur l'armée des côtes de la Rochelle qui arrive par l'autre côté. Mais la synchronisation de toute les troupes est difficile et le plan va échouer...

Kléber et ses hommes partent donc en ces premiers jours de septembre dans le Marais. Ils y remportent leurs premiers succès à Port Saint-Père, Saint Philbert de Grand-lieu, Légé, Clisson. Ils ne parviennent cependant pas à capturer Charette qui s'échappe de son QG de Légé et rejoint la grande armée à Tiffauges. C'est le 18 septembre.

Le lendemain Kléber avec l'avant garde des Mayençais affronte les hommes de Charette à Torfou. Il ignore que la grande armée est en retrait prête à épauler Charette. Le premier choc tourne à l'avantage du strasbourgeois mais bientôt Charette, avec l'appui de la grande armée et de son stratège Bonchamps, inverse la tendance. Kléber qui attend le renfort de l'armée de Beysser est bien seul. Il finit par plier après avoir perdu la moitié de ses hommes. Les Mayençais réputés les meilleurs soldats du monde s'enfuient face aux Vendéens qui ont beau jeu de surnommer l'armée de Mayence l'armée de faïence...    


La débâcle de Torfou retentit jusqu'à Paris. Le comité en impute la défaite aux ci-devant tentés de composer avec l'adversaire. Ils décident de placer à la tête des armées de la république de véritables républicains : des sans-culottes. Après Rossignol à la tête de l'armée des côtes de la Rochelle, voici Léchelle qui prend le commandement de l'armée des côtes de Brest à la place de Canclaux. Mais si les sans-culottes sont républicains dans l'âme, ils n'en sont pas pour autant bons militaires. Dans le cas présent ils sont même totalement ignares et poltrons. Kléber écrit ainsi dans ses mémoires à propose de Léchelle : "Il était le plus lâche des soldats, le plus mauvais des officiers et le plus ignorant des chefs qu'on ait jamais eu."   
Kléber est sans conteste le meilleur général des armées de la République, et le plus chevronné. le commandement des sans-culottes le désespère, mais sous un régime qui vous tranche la tête au premier soupçon de collusion avec l'ennemi, il va obtempérer...
Face à l'incompétence avérée de Léchelle, les représentants en poste décident rapidement de ne conserver à Léchelle qu'un commandement d'apparat pour satisfaire le Comité. C'est Kléber qui en sous-main prend les commandes.
Il met ainsi à exécution le plan de son prédécesseur Canclaux : Partager ses hommes en 2 armées. l'une partant de Nantes, la seconde de la Châtaigneraie et toutes deux rabattant les vendéens vers Cholet ou Châtillon. Les 2 armées avancent de concert et arrivent le 16 octobre aux portes de Cholet. Les Vendéens n'y sont plus. Ils ont déserté la ville, faute de munition pour la tenir. Ils sont repliés à Beaupréau près pour le combat...

Kléber poste ses 20 000 hommes sur le pourtour de la Ville. Le lendemain 40 000 vendéens se ruent à l'attaque. L'affrontement dure des heures. Il tourne d'abord à l'avantage des blancs qui font reculer les républicains dans Cholet. Les républicains parviennent à renverser la tendance lorsque Kléber fait porter le 109° régiment par derrière la Rochejaquelein. La panique s'empare des blancs. C'est soudain la débandade, les vendéens désertent le champ de bataille et s'enfuient vers la Loire (solution  envisagée comme repli)
Bonchamps et d'Elbée poursuivent les combats avec une poignées d'insurgés et sont grièvement blessés. 
La victoire est sans partage pour les républicains. Ils ont perdu beaucoup d'hommes, mais moins que les vendéens (10000) qui ont de surcroît perdu 2 de leurs meilleurs généraux. Kléber dans ses mémoires écrit de cette bataille : "les rebelles combattaient comme des tigres et nos soldats comme des lions. " 

 


   LA VIRÉE DE GALERNE

 

La virée de Galerne Après leur défaite à Cholet, les Vendéens (entre 60000 et 80000 soldats, femmes, enfants, vieillards et blessés) ont franchi la Loire et pour continuer le combat en Bretagne et en Normandie. Les Républicains n'ont pas envisagé une telle éventualité. Ils ne se lancent que 2 jours plus tard à leur poursuite. Léchelle détient toujours officiellement le commandement de l'armée de l'ouest.

LAVAL

Le 22 octobre les vendéens se reposent à Laval. Ils ont un cortège de vieillards, de malades et de soldats blessés avec eux ce qui rend le marche d'autant plus difficile. Les généraux  Westermann et Beaupuy qui sont aux avant-postes de l'armée républicaine décident de porter une offensive contre les vendéens, sans attendre le renfort du gros de l'armée qui est à un jour derrière eux. L'empressement de Westermann et son excès de zèle coutumier lui coûte la victoire et 1600 de ses 4000 hommes.
Le lendemain, alors que les hommes sont exténués, Westermann convainc Léchelle de redonner l'attaque. Kléber y est opposé, mais Léchelle passe outre. 
Les républicains partent au combat comme le veut Léchelle : majestueusement, mais sans positionnement ni stratégie. C'est l'hécatombe. Les républicains, comme c'était prévisible reculent en laissant 13000 blessés et morts au combats. La déroute est à la hauteur de l'incompétence de Léchelle. 

DOL
Léchelle est mis en congés forcés. Le 12 novembre, la Convention place  les armées de l'ouest et des côtes de Brest sous le commandement  de Rossignol. Un sans culotte en remplace un autre. Kléber ne lui attribue pas plus de qualité qu'à Lechelle. Il dit à son propos : "dont la réputation était en raison inverse de ses moyens".
Kléber, malgré ses supérieurs, fait de son mieux pour préparer la victoire. Il réorganise l'armée, réparti les Mayençais dans l'armée de l'ouest et met au point un nouveau plan d'attaque. Encore une fois, il n'a pas le temps de le mettre en pratique, Westermann toujours trop pressé et soucieux de se mettre en avant décide d'attaquer les vendéens à Dol le 21 novembre. Mal lui en prend. Les hommes de la Rochejaquelein le taillent en pièces. Malgré le soutien de Marceau et Kléber, c'est un nouveau revers pour les Mayençais. Les républicains reculent d'abord jusqu'à Antrain avant de trouver refuge à Rennes.

 LA LOIRE
Cette nouvelle déroute occasionne une nième remaniement. Ce sera le bon. Kléber prend le contrôle officieux mais réel des opérations. Il réorganise l'armée en confiant les postes clefs à des militaires aguerris et compétents, ne laissant à Rossignol qu'un rôle d'apparat. 
Sont nommés : 

  x   commandant des troupes -  Marceau -  Son ami en qui il a toute confiance
  x   commandant de la cavalerie   -  Westermann   -  Impulsif mais compétent pour peu qu'il soit bien cadré
  x   Commandant de l'artillerie -  Debilly

Les vendéens ayant visiblement l'objectif de repasser la Loire pour rentrer chez eux, Kléber choisit de positionner ses hommes aux points névralgiques, entre Saumur et Angers.
Les vendéens se présentent le 4 décembre à Angers. Ils échouent face à Beaupuy et à la population angevine. Kléber les attend à Saumur et bloque le passage de la Loire. Les vendéens sont contraints de refluer en direction de la Flèche puis du Mans.  

LE MANS
Les insurgés exténués, décimés par la maladie (le choléra et la dysenterie) se reposent au Mans. Le 12 décembre Westermann et Marceau les attaquent, précédant Kléber qui les rejoint le lendemain matin avec 15000 hommes. Les vendéens plient sous le nombre. Ils tentent alors de fuir par la seule sortie possible : la porte dorée et le pont sur la Sarthe. C'est un véritable carnage. Westermann sabre les fuyards, et les soldats républicains égorgent les blessés. Marceau tente d'interrompre ces scènes d'horreur (Kléber dans une moindre mesure aussi), mais en vain. 15000 vendéens sont massacrés. 
Kléber, malgré ces atrocités, touche au but. Il est en passe de réduire à néant la grande armée. De fait, sur les 60000 à 80000 qui ont franchi la Loire, il ne sont plus que 15000 après la bataille du Mans

 ANCENIS ET LE PASSAGE DE LA LOIRE
Les vendéens  s'enfuient à nouveau en direction de la Loire. Ils atteignent Ancenis le 15 décembre. 1000 d'entre eux, dont la Rochejaquelein et Stofflet parviennent à passer la Loire avant l'arrivée de  troupes républicaines. Les autres refluent vers l'intérieur.

SAVENAY
Kléber pourchasse sans pitié les vendéens, qui malgré tout résistent assez bien jusqu'au 23 décembre. Ce 23 décembre, on compte 11000 vendéens à Savenay. Kléber, Marceau et Westermann leur assène le coup de grâce. Ils les cernent et les exécutent dans une boucherie sans nom. Seuls 4000 à 5000 insurgés en réchappent. Les républicains  eux ne comptent que 30 tués et 200 blessés. Le succès est total, l'horreur aussi...
Kléber écrit : "[..]chaque colonne prend une direction différente à la poursuite des rebelles. Le carnage devient horrible. On ne voit partout que des piles de cadavres. Une grande partie va se noyer dans le marais de Montoir, le reste se jette dans les bois où bientôt, ils sont découverts, tués ou faits prisonniers... On envoie alors des patrouilles d'infanterie ou de cavalerie  dans tous les villages des environs ... Des milliers de prisonniers de tout âge et de tout sexe sont successivement arrêtés et conduits sur les derrières. Les représentants du peuple les firent juger par des tribunaux révolutionnaires, et la France, l'Europe entière, connaissent toutes les atrocités qu'on a exercé sur ces misérables. Ma plume se refuse à les décrire"

C'est une victoire sans partage pour Kléber et pour les républicains. Le 24, Kléber entre en triomphateur dans Nantes, au coté de Marceau.


   GUERRE DE VENDÉE, SUITE ET FIN

  Kléber, le 7 janvier 1794, propose ce que Hoche réalisera un an plus tard : la pacification de la Vendée. Pour ce faire, il souhaite installer des centres républicains puissamment armés au coeur de la Vendée militaire et à ses abords. Les insurgés surveillés de près ne pourraient plus reformer d’armée et la vie économique et sociale pourrait repartir en douceur. Mais en janvier 1794, le sang n'a pas assez coulé en Vendée. Du moins, ce doit être l'avis de Turreau, puisqu'il rejette le plan de Kléber. Suite à ce désaveu, Kléber quitte la Vendée et part combattre les chouans en Bretagne. En mai, il est affecté dans l'armée du Nord et quitte définitivement l'Ouest.


   SUR LE FRONT EST

  Kléber part combattre dans l'est jusqu'en décembre 1796, date à laquelle il démissionne. Mais comme toujours, il réintègre l'armée. En 1798, à la demande de Napoléon, il prend la tête de la division d'Angleterre, et part à la conquête de l'Égypte. Pendant 2 ans il se bat en Égypte, en Syrie et en Turquie, avant d'être assassiné le 14 juin 1800 au Caire par un égyptien.




Angers (49)