Turreau, commandant en chef de l'armée de l'ouest est l'instigateur des colonnes infernales. Pendant 4 mois, les 12 colonnes qu'il a mis sur pied ratissent la Vendée, brûlent tout ce qui peut l'être et massacrent indifféremment la population civile et militaire.
Faut-il tenir Turreau responsable de ces atrocités où bien ne voir en lui qu'un bouc émissaire ? En tant que commandant il est responsable de son armée. Responsable oui, mais coupable ?
 

 
                      LES TITRES
Origine                        
Débuts militaires
Affectation vendéenne
Les colonnes infernales                         
Responsable ou pas ?
Fin de carrière





   ORIGINE

  Louis-Marie Turreau est né le 4 juillet 1756 à Évreux. Son père, originaire de l'Yonne est venu s'installer en Normandie. Il est procureur fiscal des eaux et forêts du comté d'Evreux, avant de devenir le maire de la ville. Les Turreau jouissent de nombreux privilèges mais n'appartiennent pas officiellement à la noblesse. Dès le début de la révolution Turreau choisit son camp; malgré son origine assimilée noble il est un fervent révolutionnaire. Il est élu maire de la commune d'Aviron (à côté d'Evreux) et acquiert quelques biens du clergé et l'abbaye de Conches (près d'Evreux).


   DÉBUTS MILITAIRES

  On ne sait pas quand commence réellement la carrière militaire de Turreau. Certains ont avancé sa participation à la guerre d'indépendance américaine puis sa place comme garde du corps suppléant du . C'est peu vraisemblable puisque tout cela n'est pas mentionné sur ses états de service. Entré dans la garde nationale de Conches, il en prend la direction en juillet 1792. En septembre 1792 il est capitaine d'une compagnie des volontaires de l'Eure et part combattre aux frontière du nord. En novembre 1792 il intègre l'armée de Moselle où il devient colonel.
En juin 1793, il est affecté à l'armée des Côtes de la Rochelle. Il y reste jusqu'au 8 octobre, date à laquelle il obtient le commandement de l'armée des Pyrénées orientales. Il quitte alors la Vendée, mais pas pour longtemps ...


   AFFECTATION VENDÉENNE

  Le 27 novembre 1793, le Comité de salut public le nomme commandant en chef de l'armée de l'Ouest. C'est la valse des généraux à la tête de l'armée républicaine. Le Comité nomme, puis suspend les généraux, sans leur laisser le temps de mener leur action à bien. Turreau n'apprécie pas cette manière de faire. Il ne veut pas de cette place. Aussi, il prend son temps pour rejoindre sa nouvelle affectation. Il   fini par la prendre, ne pouvant faire autrement. Il arrive donc en Vendée un mois après sa nomination, le 23 décembre 1793, le jour où Kléber et Marceau écrasent les Vendéens à Savenay.


   LES COLONNES INFERNALES

  Arrivée en Vendée, Turreau propose un premier plan au Comité : laisser entrevoir aux brigands une possible amnistie pour les inciter à déserter. Turreau ne reçoit aucune réponse de la commission et se conforme alors aux stricts ordres : un décret du 1er août 1793 qui ordonne de brûler les bois, taillis et genêts, de détruire les repaires des brigands, de confisquer  le bétail et les denrées. En ce qui concerne les vendéens, les ordres sont d'exterminer les brigands et de conduire à l'intérieur du pays, avec humanité les femmes, les enfants et les vieillards.

Le 16 janvier 1794, Turreau adresse son plan au comité de Salut public : Ratisser à l'aide de 12 colonnes qui avancent parallèlement, toute la Vendée d'est en ouest pour acculer les brigands sur les bords de Loire et l'océan Atlantique. Pour ce faire, il constitue 12 colonnes chargées de passer au peigne fin tout le territoire insurgé allant de Brissac au nord, jusqu'à St Maixent au sud. Pour vider la Vendée de ses combattants, Turreau emploie une méthode radicale : les colonnes brûlent tout sur leur passage et tuent tous les suspects. Turreau donne à ses généraux des ordres très explicites : Les villages, métairies, bois, landes, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes. En ce qui concerne les brigands, Turreau donne l'ordre de passer par la baïonnette les brigands trouvés les armes à la main ou convaincus de les avoir prises , y compris les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Turreau, pour garder le contrôle sur ses généraux leur demande de lui rendre compte quotidiennement et leur impose un chemin a suivre et un calendrier à respecter. De cette manière, Turreau résout le plus gros problème de l'armée républicaine : son manque de coordination.
Les colonnes infernales se mettent en marche, et jusqu'au 17 mai 1794, elles répandent la mort et le feu sur leur passage. Allant bien au-delà des ordres, les colonnes massacrent la population civile et militaire, torturent, violent, massacre et ne laissent que désolation sur leur passage.


   TURREAU RESPONSABLE ?

 

Les colonnes infernales ont semé l'horreur sur leur passage. Certains historiens chiffrent les morts à 200 000. La population insurgée a été décimée. Dans certains villages 20 à 40 % de la population a été exécutée.
Faut-il pour autant en rejeter toute la responsabilité sur Turreau ?
Turreau n'est pas seul coupable. Il partage les responsabilités de ce populicide avec le comité de Salut Public et avec certains de ses généraux. Le comité a validé chacune de ses propositions tandis que certaines colonnes se délectaient de cette sale besogne et commettaient plus d'exactions que Turreau ne le préconisait.  

Turreau a établit son plan en fonction de ses connaissances militaires, le calquant sur des méthodes utilisées par l'ancien régime pour mater les rébellions paysannes. Il n'attachait pas d'importance à l'espèce rebelle, et ne voyait vraisemblablement pas de problème éthique à massacrer toute une population, dès lors qu'il était couvert par le comité de salut public.

Oui, je le crois, Turreau est coupable, il porte une responsabilité importante dans ce populicide.
Il ne faudrait pas pour autant qu'il soit l'arbre qui cache la forêt.
Le gouvernement parisien, et certains militaires républicains sont tout autant coupables que lui...


   FIN DE CARRIÈRE

  Le 17 mai 1794 , Turreau est suspendu. Le 29 septembre il est arrêté. Il est acquitté le 19 décembre 1795, faute de preuve.
Il continue alors sa carrière militaire enchaînant les commandements et les distinctions.
Il meurt le 10 décembre 1816 dans sa retraite, à Conches.